A PROPOS DE L’EVANGILE SELON PHILIPPE
Un texte apocryphe
Première partie de l’article
L'évangile selon Philippe est un évangile gnostique qui a été a été trouvé dans la bibliothèque de Nag Hammadi. Il est écrit dans l'évangile selon Philippe que Marie de Magdala était la compagne de Jésus. Voir paragraphe 26. Avant la découverte du manuscrit complet dans la bibliothèque copte de Nag Hammadi, on ne connaissait de l'évangile de Philippe qu'une courte citation, introduite sous ce nom, dans la boite à remèdes d'Épiphane de Salamine de Chypre. (Évêque et théologien du IV° siècle).
QUI EST L’AUTEUR ?
Comme pour la plupart des autres textes apocryphes, l’auteur utilise un nom connu pour rendre son écrit crédible et pouvoir l’assimiler aux textes inspirés du Saint-Esprit. L’auteur de ce texte ne peut pas être Philippe, l’évangéliste, l’un des sept, qui est mentionné plusieurs fois dans les Actes des apôtres, ni l’apôtre Philippe qui est cité dans le texte, au paragraphe 71. Car ce texte ne correspond pas au ministère des apôtres, ni à celui de Philippe qui a évangélisé en Samarie et à Césarée.
En effet, Philippe annonce le Christ en Samarie ou à un eunuque éthiopien, et dans cet évangile selon Philippe, il n’est jamais mentionné l’annonce du salut, ni l’œuvre du Saint-Esprit dans l’évangélisation ni pour l’édification de l’Eglise et la vie selon l’Esprit. L’auteur s’attarde sur une union illusoire entre Jésus et Marie de Magdala, alors qu’il n’est pas venu dans le but de se marier et de fonder une famille, mais d’accomplir les Ecritures et de donner sa vie pour le salut du monde.
« Philippe, étant descendu dans une ville de Samarie, y prêcha le Christ. Les foules tout entières étaient attentives à ce que disait Philippe, lorsqu’elles apprirent et virent les miracles qu’il faisait. Car des esprits impurs sortirent de plusieurs démoniaques, en poussant de grand cris, et beaucoup de paralytiques et de boiteux furent guéris. Actes 8.5-8 cf. Actes 8. 26-40
« Nous partîmes le lendemain, et nous arrivâmes à Césarée. Etant entrés dans la maison de Philippe l’évangéliste, qui était l’un des sept, nous logeâmes chez lui. » Actes 21.8 cf. Actes 6.5
LE CONTENU DE L’EVANGILE
Il est écrit dans l'évangile selon Philippe que Jésus aimait Marie de Magdala (ce qui étonnait ses disciples). L'histoire de Marie de Magdala, que la tradition catholique a appelée Marie de Magdala y est racontée d'un point de vue gnostique.
L’évangile selon Philippe est un texte gnostique, dont le contenu nous éloigne du message de la bonne nouvelle que Philippe a annoncé en Samarie, en Césarée et à l’eunuque d’Ethiopie. Il s’agit certainement d’une compilation de différents textes mystiques. Des thèmes tels que la sexualité ou la réconciliation entre les genres y sont abordés.
L’humanité est associée à la “femme” : l’âme séparée de l’Esprit, donc susceptible de tomber dans le péché. L’auteur incite au progrès de l’âme, à la montée vers Dieu, à l’alliance dans le Saint des saints, qualifié de “chambre nuptiale” le lieu où l’humanité s’associe à son Créateur.
Le verset 44 relate le baiser de Jésus sur la bouche de Marie de Magdala, et qu’il aimait plus que tous les disciples. Un passage qui a fait couler beaucoup d’encre et qui a inspiré certaines thèses sur l’hypothétique légende du Graal. Le texte fait allusion à des concepts typiquement gnostiques tels que les éons, les archontes, la connaissance (ou “gnose”), la dualité ou encore les deux sagesses Echamoth et Echmoth (Voir paragraphe 31).
Il y aussi le verset 60, qui parle de la résurrection de Jésus avec une vraie chair alors que la chair actuelle n’est pas vraie, mais une image de la vraie chair.
L’évangile selon Philippe est semblable aux autres apocryphes tels que l’évangile selon Thomas ou de Judas. En effet, son contenu est très éloigné des 4 Evangiles du Nouveau Testament.
COMMENTAIRE SUR L’EVANGILE SELON PHILIPPE
Selon le Da Vinci Code, Jésus aurait eu une compagne, Marie de Magdala, et une enfant d’elle, Sarah. Pour appuyer sa thèse romanesque, le Da Vinci Code se base sur deux phrases d’un Évangile apocryphe du milieu du IIe siècle après J.-C., c’est-à-dire nettement plus tardif que les Évangiles canoniques qui, eux, ont été écrits entre 60 et 90 après J.-C. Il s’agit de l’Évangile de Philippe qui a été découvert à Nag Hammadi et qui est issu du courant gnostique du christianisme primitif.
Le gnosticisme est un courant de pensée profondément influencé par la pensée philosophique et religieuse du monde grec. Ses premières manifestations sont antérieures à la naissance du christianisme. Ce n’est qu’ultérieurement, au deuxième siècle de notre ère, que le gnosticisme avec un certain nombre d’érudits est devenu l’un des courants hérétiques du christianisme. Il a donné naissance à de nombreux textes dont l’Évangile de Philippe qui daterait de la fin du IIème siècle J.-C.
UNE COLLECTION DE PRECEPTES OU DE SENTENCES
La structure du texte de cet évangile est composé d’une collection d’aphorismes, c’est-à-dire de préceptes ou de sentences à l’exemples des Proverbes de Salomon dans l’Ancien Testament. Ils sont groupés de façon très aléatoire et on ne voit pas très bien pourquoi telle sentence est suivie d’une autre sentence différente.
Mais, l’auteur entretient un certain mystère avec sa manière de décrire ses préceptes. Il donne le sentiment d’une volonté à tenir secret ce qu’il appelle la lumière ou la vérité. Voici des exemples :
22. Ne méprisez pas l’agneau, car sans lui il est impossible de voir la porte. Personne ne pourra s’avancer vers le Roi s’il est nu.
23. Les fils de l’homme céleste sont plus nombreux que ceux de l’homme terrestre. Si les fils d’Adam sont nombreux bien qu’ils meurent, combien plus nombreux sont les fils de l’homme parfait, eux qui ne meurent pas mais sont perpétuellement régénérés.
40. Dieu est un mangeur d’hommes. C’est pourquoi l’homme lui est sacrifié. Avant que l’homme ne lui soit sacrifié, on lui sacrifiait des animaux, mais ce n’étaient pas des dieux ceux à qui ils étaient sacrifiés.
41. Les vases de verre et les vases de terre sont fabriqués au moyen du feu. Mais les vases de verre, s’ils se brisent, sont modelés à nouveau, car ils proviennent d’un souffle. Les vases de terre, eux, s’ils se brisent, sont détruits, car ils ont été produits sans le souffle.
ALLUSIONS AUX ECRITS DU NOUVEAU TESTAMENT
Lors de la rédaction de l’évangile selon Philippe, nous ne savons pas si le Canon du Nouveau Testament était officialisé et mis à la disposition du public ou seulement aux initiés de l’époque. Néanmoins, à la lecture de ce texte, nous montre que l’auteur avait connaissance de certains Ecrits de l’Ancien Testament, des 4 Evangiles et des lettres de l’apôtre Paul. En effet, on trouve plusieurs allusions à l’enseignement de Jésus et de Paul :
· Le bateau de Noé (Paragraphe 120 cf. Genèse 6.14)
· La corbeille de l’enfant Moïse (Paragraphe 120 cf. Exode 2.3)
· Le samaritain (Paragraphe 96 cf. Luc 10.25-37)
· La hache est placée à la racine (Paragraphe 111 cf. Matthieu 3.10)
· Prie, mon Père qui est dans le secret (Paragr. 57 cf. Matthieu 6.6)
· La vérité vous rendra libres (Paragraphe 115 cf. Jean 8.32)
· Toute plante que mon Père n’a pas plantée sera déracinée (Paragraphe 125 cf. Matthieu 15.13)
· Le voile s’est déchiré de haut en bas (Par. 122 cf. Matthieu 27.51)
· La coupe de bénédiction (Paragraphe 79 cf. 1 Corinthiens 10.16)
· L’amour édifie (Paragraphe 93 cf. 1 Corinthiens 8.1)
· Il convient d’accomplir toute justice (Paragr. 70 cf. Matthieu 3.15)
· Le baptême (Paragraphe 70 cf. Romains 6.3-4)
LE THEME DE LA CHAMBRE NUPTIALE
Le terme de chambre nuptiale se trouve plusieurs fois dans le texte de cet évangile, alors qu’il n’apparaît pas dans le Nouveau Testament. Cependant, les Ecritures mentionnent que Jésus est l’époux (Matthieu 9.14-15, Matthieu 25.1-6, et que sa femme n’est pas incarnée par Marie de Magdala :
« La Sophia qui est appelée stérile est la mère des anges. Et la compagne du fils est Marie de Magdala. Le Seigneur l’aimait plus que tous les disciples et il l’embrassait souvent sur la bouche. » (Paragraphe 44), mais Jésus est l’époux de l’Eglise pour laquelle il s’est livré lui-même pour elle (Ephésiens 5.25-27), l’Eglise est aussi appelée la femme de l’Agneau (Apocalypse 21.9).
Ainsi, l’Évangile selon Philippe fait référence à Marie de Magdala
et la présente comme la compagne de Jésus. Nous allons tenter de comprendre comment l’Évangile de Philippe a pu rapporter ces propos et de quelle manière on peut les éclairer. Cela nous permettra de découvrir certains aspects de la pensée gnostique.
Peut-on dire, d’après les Évangiles canoniques, que Marie de Magdala a une place particulière auprès de Jésus ? Elle faisait partie des femmes de Galilée qui suivaient Jésus et l’assistaient de leurs biens, par gratitude pour une guérison obtenue. Le surnom de Madeleine, accordé à Marie signifie probablement qu’elle était originaire de Magdala (Matthieu 15.39. Jésus l’avait libérée de sept démons Marc 16.9
Ce qui est clair en tout cas, c’est que les Évangiles donnent une grande place à Marie de Magdala. Elle fait partie des femmes qui ont assisté à la crucifixion de Jésus et qui ont découvert le tombeau vide. De plus, selon Matthieu, Marc et Jean, Marie de Magdala figure parmi les femmes qui a vu, la première, Jésus ressuscité, avant les disciples. C’est elle qui va ensuite annoncer la résurrection du Christ aux disciples.
Voici un lien de l’évangile apocryphe selon Philippe pour ceux qui veulent lire l’ensemble du texte :
http://www.eogc.org/wa_files/Evangile_selon_philippe.pdf
Prochainement deuxième partie de l’article de l’évangile selon Philippe, un texte apocryphe