UNE OSCILLATION PERENNE.
"S’il existe à la fois une union fédérale et une union spirituelle ou mystique, la question du rapport entre les deux se posera inévitablement, d’où les débats interminables sur les différentes constructions de l’ordo salutis dans lesquelles était en cause l’ordre séquentiel précis des bénéfices sotériologiques.
Il est intéressant de noter que les communautés réformées britanniques ont été déchirées par des conflits récurrents entre les Antinomiens (NDLR: L'antinomisme est dérivé du grec anti, qui signifie « contre », et nomos, qui signifie « loi » : il signifie donc « contre la loi ». En théologie, l’antinomisme est la croyance que Dieu n’exige des chrétiens l’obéissance à aucune loi morale. L’antinomisme tire une conclusion non biblique d’un enseignement biblique, celle que les chrétiens n’ont plus à respecter la Loi de l’Ancien Testament pour être sauvés. En mourant sur la croix, Jésus-Christ a accompli la Loi de l’Ancien Testament (Romains 10.4, Galates 3.23-25, Éphésiens 2.15). La fausse conclusion est que les chrétiens n’ont plus aucun précepte moral à respecter) et les Néonomiens (Le néonomisme est une position théologique qui met l'accent sur le rôle de l'effort humain dans la réalisation du salut) du milieu du XVIIe au milieu du XVIIIe siècle. Les partis Antinomiens mettant l'accent sur la priorité et la suprématie de la justification au détriment de la sanctification, et les Néonomiens réagissant aux excès Antinomiens en mettant l'accent sur la sanctification au détriment de la justification (à noter que cette période était l'apogée de l' ordo salutis /modèle de théologie fédérale).
Compte tenu du caractère dualiste du paradigme fédéral, il a été difficile de trouver des réponses satisfaisantes à ce dilemme, et depuis lors, la tradition fédérale réformée a eu tendance à osciller entre les pôles jumeaux du légalisme et de l’antinomisme.
William B. Evans, Imputation et transmission : Union avec le Christ dans la théologie réformée américaine (Wipf & Stock, 2008), 82