Le phénomène que l’on désigne couramment sous l’expression « église de divertissement » souvent associée au mouvement seeker-sensitive ou purpose-driven, représente l’une des dérives les plus marquantes de l’évangélisme contemporain.
Ce modèle, popularisé notamment par des figures comme Robert Schuller, Bill Hybels ou Rick Warren, cherche à rendre le culte attractif pour les non-croyants ou les « chercheurs » en adoptant les codes du spectacle, du marketing et de la culture de consommation : musique pop contemporaine amplifiée, sketches humoristiques, messages courts et positifs centrés sur le bien-être personnel, écrans géants, cafés dans le hall, ambiance décontractée.
En France, bien des églises et des pasteurs à leur tête, ont adopté cette forme de culte où la prédication devient un one-man-shows ou pire un one-woman-shows qui fait suite à un temps de louange qui ressemble plus à un concert de pop avec des moments qui basculent parfois sur des transes collectives et avec des effets de foule manipulées, même si l’intention initiale est pieuse (un prochain post parlera de ces dangers vis à vis de la louange).
Certes l’objectif affiché est d’« atteindre » les perdus, mais c’est en abaissant les barrières culturelles. On parle alors d’une recherche de pertinence culturelle qui fait plonger les églises dans la mondanité.
Ce modèle n’est pas seulement une question de style ou de préférence : il constitue une trahison profonde de la nature même du culte chrétien tel que la Parole de Dieu le définit.
Il inverse l’ordre théologique en plaçant l’homme au centre au lieu de Dieu, et viole le principe régulateur du culte qui exige que tout élément du culte public soit expressément commandé ou clairement exemplifié dans les Écritures.
1. Le culte doit être régi par la Parole de Dieu, non par les désirs de l’homme.
Le principe régulateur du culte affirme que Dieu a souverainement déterminé comment Il veut être adoré. Nous ne pouvons offrir à Dieu que ce qu’Il a Lui-même institué, sous peine d’idolâtrie.
Le second commandement interdit toute forme d’adoration inventée par l’homme (Ex 20.4-5 ; Dt 12.30-32). Le Nouveau Testament confirme cette limitation : le culte en esprit et en vérité (Jn 4.23-24) s’exprime par la lecture et la prédication de la Parole, la prière, les cantiques bibliques, le baptême et la Cène (Ac 2.42 ; Col 3.16 ; 1 Tm 4.13 ; He 10.25).
Or, l’église de divertissement introduit des éléments non prescrits – spectacles, performances musicales professionnelles, humour de scène, atmosphère de concert – qui n’ont aucun fondement scripturaire dans le culte apostolique.
Ces ajouts ne sont pas neutres : ils transforment l’assemblée en un public de consommateurs venus recevoir une expérience émotionnelle plutôt qu’en un peuple convoqué par Dieu pour Lui rendre gloire.
Comme le souligne John MacArthur, ce modèle traite l’Évangile comme un produit à vendre, et l’Église comme une entreprise dont le succès se mesure à l’affluence plutôt qu’à la fidélité à la vérité.
2. Anthropocentrisme contre théocentrisme : l’inversion fatale.
Une bonne théologie théocentrique dit que tout existe pour la gloire de Dieu (És 43.7 ; Rm 11.36 ; 1 Co 10.31). Le culte est donc avant tout une réponse à la sainteté, à la majesté et à la grâce de Dieu, et non une réponse aux « besoins ressentis » de l’homme déchu.
L’église de divertissement, au contraire, est anthropocentrique : elle part des désirs humains (confort, amusement, positivité, absence de confrontation avec le péché) pour construire le service. Le péché est minimisé, la repentance édulcorée, la croix relativisée au profit d’un message de réalisation personnelle et de « vie meilleure ».
Cette inversion produit des conversions superficielles, voire illusoires. De telles églises sont remplies de personnes non régénérées à qui l’ont fait croire qu’elles le sont !
Quand l’appel est lancé sur le mode émotionnel (« venez tel que vous êtes, Dieu veut vous rendre heureux ») plutôt que sur la confrontation avec la sainteté de Dieu et la nécessité de la repentance et de la foi en Christ crucifié (Lc 9.23 ; Ac 2.37-38), on risque de multiplier des « décisions » sans régénération véritable.
La prédication devient alors une forme de thérapie positive plutôt qu’une exposition fidèle de la loi et de l’Évangile, qui seuls peuvent produire la conviction de péché et la vraie conversion (Rm 7.7 ; 2 Tm 4.2).
3. La prédication : Parole de Dieu ou performance humaine ?
Dans le modèle divertissant, la prédication est souvent réduite à un monologue de 20-25 minutes, riche en anecdotes personnelles, en humour et en illustrations visuelles, mais pauvre en exposition systématique de l’Écriture.
La Parole est utilisée comme point de départ pour un message motivant plutôt que comme le centre normatif. Cela contredit l’ordre apostolique : « Prêche la parole, insiste en toute occasion » (2 Tm 4.2), et la pratique réformée de la prédication exposée, verset par verset, qui vise à soumettre l’intelligence et la conscience à la vérité divine.
Le culte basé sur le divertissement peut stimuler les émotions, mais il n’a aucun pouvoir de transformation spirituelle. Seul l’Esprit agit par la Parole prêchée fidèlement (1 Co 2.1-5 ; 1 Th 1.5).
Quand le culte devient un spectacle, la gloire revient au prédicateur, aux musiciens ou à l’équipe technique, et non au Seigneur.
4. Conséquences pour l’Église et pour les âmes.
L’église de divertissement produit souvent des assemblées nombreuses mais théologiquement anémiques. Les membres restent immatures, incapables de discerner la vérité du mensonge (He 5.11-14), et l’Église perd sa fonction de colonne et d’appui de la vérité (1 Tm 3.15).
Elle devient dépendante des goûts culturels changeants, vulnérable aux modes et aux pressions du monde.
Réalisons nous que l’attraction humaine n’est pas nécessaire : Dieu attire les Siens par Sa Parole et Son Esprit (Jn 6.44 ; 12.32).
L’Église n’a donc pas à se conformer au monde pour être pertinente (Rm 12.2), mais à être fidèle, et c’est cette fidélité qui rend témoignage.
Conclusion : je souhaite lancer un appel à revenir au culte biblique !
Le concept d’église de divertissement, bien qu’il prétende évangéliser, finit par diluer l’Évangile et déformer le culte.
Mon conseil sera claire : revenir à un culte simple, solennel, centré sur la Parole, régi par les Écritures seules, où Dieu est adoré selon Sa volonté révélée.
Que l’on chante les psaumes ou des cantiques fidèles, que la prédication soit substantielle et doctrinale, que les sacrements soient administrés avec gravité et bibliquement: le but n’est pas de plaire aux hommes, mais d’honorer le Roi souverain qui règne sur Son Église.
Ephesiens 3.21 "À lui seul soit la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles ! Amen"
Que nos assemblées soient des lieux où la majesté de Dieu est proclamée, où les pécheurs sont confrontés, se convertissent et sont édifiés, et où la gloire de Dieu seule retentit.