Il existe une véritable tension entre la justice et la miséricorde. C’est un thème qui traverse l'histoire de l'humanité et donc aussi la Bible.
D'un côté, la justice exige que les coupables soient punis et que les victimes soient indemnisées, comme il est écrit : "L'âme qui pèche, c'est celle qui mourra" (Ézéchiel 18:4).
De l'autre côté, la miséricorde appelle à la compassion, au pardon et à la réhabilitation, comme Jésus l'a enseigné : "Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux" (Luc 6:36).
1. La justice : une nécessité.
La justice est essentielle pour maintenir l'ordre et la stabilité dans la société. Elle garantit que les lois sont respectées et que les coupables sont tenus responsables de leurs actes.
- La justice rétablit l'équilibre et la paix (Esaïe 32:17)
- La justice protège les innocents et les vulnérables (Psaume 82:3-4)
- La justice encourage la responsabilité et la redevabilité (Galates 6:7-8)
2. La miséricorde : une nécessité tout aussi importante.
La miséricorde, quant à elle, est essentielle pour la guérison et la réconciliation, comme il est écrit : "Il n'est pas venu pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui" (Jean 3:17). Elle permet aux personnes qui ont commis des erreurs de se repentir et de se rétablir.
- La miséricorde permet la réconciliation et la guérison (2 Corinthiens 5:18-19)
- La miséricorde encourage la repentance et la transformation (Romains 2:4)
- La miséricorde crée un environnement de compassion et d'empathie (Éphésiens 4:32)
3. La tension entre justice et miséricorde.
La tension entre justice et miséricorde est réelle et complexe, mais Jésus nous montre la voie : "La miséricorde triomphe du jugement" (Jacques 2:13).
Comment pouvons-nous concilier ces deux valeurs qui apparaissent aujourd’hui de plus en plus opposées ?
- En reconnaissant que la justice et la miséricorde ne sont pas mutuellement exclusives (Matthieu 5:44-45)
- En cherchant à comprendre les circonstances, les responsabilités et les motivations des personnes impliquées (Jean 8:1-11)
- En priorisant la guérison et la réconciliation plutôt que la punition et la vengeance (Matthieu 18:21-22)
4. Un constat alarmant.
La société actuelle semble de plus en plus polarisée, avec une tendance à juger et à condamner plutôt qu'à comprendre et à pardonner. Sans doute que des siècles d’injustices supportées conduisent certains au refus de la miséricorde…
On voit cela dans les réseaux sociaux, les médias, les conversations quotidiennes...
C'est comme si la miséricorde était devenue un mot tabou. Comme si la miséricorde était devenu un moyen du justifier les actes répréhensibles et leurs auteurs…et donc forcément de dénier les victimes et leurs traumatismes.
Pourtant, la Bible nous enseigne que "la miséricorde triomphe du jugement" (Jacques 2:13). Cela signifie que la miséricorde devrait être notre priorité, même lorsque nous sommes face à des situations difficiles.
Il est important de se rappeler que nous sommes tous des êtres humains, en lutte avec le péché et encore sujets à bien des faiblesses et des erreurs. Nous avons tous besoin de miséricorde et de grâce, à un moment ou à un autre de notre vie. C’est même ce qui est à la base de la vie chrétienne et du message du salut par grâce en Jésus-Christ.
Comment pouvons-nous promouvoir la miséricorde dans une société qui semble l'avoir oubliée en se polarisant uniquement sur la justice ?
- En commençant par nous-mêmes : soyons plus miséricordieux envers nous-mêmes et envers les autres.
- En cherchant à comprendre les circonstances et les motivations des personnes impliquées. Ils faut sortir des aveuglements idéologiques pour revenir à une vision spirituelle et biblique.
- En priorisant la guérison et la réconciliation plutôt que la punition et la vengeance.
Notre société développe actuellement une culture de la dénonciation qui est poussée par une soif de justice. Ce phénomène qui gagne du terrain dans notre société, dans les églises, n’est pas sans dangers.
- La peur et la méfiance: une culture de la dénonciation va créer un climat de peur et de méfiance, où les gens seront réticents à s'exprimer ou à s’engager pour ne pas prendre de risques.
- La polarisation: la dénonciation peut conduire à la polarisation, où les gens se divisent en camps opposés et perdent la capacité de dialoguer et de trouver des solutions communes. Les études sociologiques analysent que nous vivons actuellement une fracturation de notre société.
- Les fausses accusations: la culture de la dénonciation peut conduire à des fausses accusations, qui peuvent détruire la réputation et la vie des personnes innocentes.
- La perte de la nuance: la dénonciation peut conduire à une perte de la nuance, où les gens sont jugés sur des actes isolés en mettant de côtés leur caractère, leurs intentions et leur parcours de vie.
Une telle polarisation risque de nous conduire dans des dérives incontrôlables…
- La vengeance: la soif de justice à n'importe quel prix peut conduire à la vengeance, où les gens cherchent à punir plutôt qu'à réparer et à guérir.
- La déshumanisation: la soif de justice à n'importe quel prix peut conduire à la déshumanisation, où les gens sont réduits à des objets ou des symboles plutôt que des êtres humains.
- La perte de la miséricorde: la soif de justice à n'importe quel prix peut conduire à une perte de la miséricorde, où les gens sont jugés et condamnés sans espoir de rédemption.
Comment réagir face à une telle déferlante ?
- Prendre le temps de réfléchir: prendre le temps de réfléchir avant de réagir, pour éviter de contribuer à la polarisation et à la haine.
- Chercher la vérité: chercher la vérité et les faits, sans se laisser influencer par les émotions ou les préjugés.
- Promouvoir la justice restaurative: encourager les pratiques de justice restaurative, qui visent à pratiquer le pardon, à réparer les torts et à promouvoir la guérison.
5. Qu’en dit la Bible ?
La Bible est pleine d'exemples qui nous enseignent l'équilibre entre la justice et la miséricorde.
a. L'histoire de David et de Nathan (2 Samuel 12:1-14) : David a commis un péché grave en prenant la femme de son serviteur, Urie.
Nathan, le prophète, lui a annoncé la sentence de Dieu, mais ensuite, David s'est repenti et a demandé pardon. Dieu a pardonné à David, mais a également imposé une conséquence pour son péché.
- Justice : Dieu a puni David pour son péché
- Miséricorde : Dieu a pardonné à David et lui a donné une seconde chance
b. L'histoire de la femme prise en flagrant délit d'adultère (Jean 8:1-11) : Les pharisiens ont amené une femme qui avait commis l'adultère devant Jésus, demandant qu'elle soit lapidée. Jésus a écrit sur le sol, puis a dit : "Que celui qui est sans péché jette la première pierre". Les pharisiens sont partis, et Jésus a pardonné à la femme.
- Justice : La loi exigeait la lapidation pour l'adultère
- Miséricorde : Jésus a pardonné à la femme et lui a donné une seconde chance
c. L'histoire de l'enfant prodigue (Luc 15:11-32) : Un fils a quitté son père et a gaspillé son héritage. Lorsqu'il est revenu, son père l'a accueilli avec amour et miséricorde, mais a également exigé qu'il se repente et change de vie.
- Justice : Le fils avait commis un péché grave
- Miséricorde : Le père a pardonné et a accueilli son fils avec amour
d. L'histoire de Jonas et de Ninive (Jonas 3:1-10) : Dieu a envoyé Jonas à Ninive pour annoncer un jugement, mais les Ninivites se sont repentis et Dieu a pardonné.
- Justice : Dieu avait annoncé un jugement
- Miséricorde : Dieu a pardonné et a épargné la ville
Ces exemples nous montrent que la justice et la miséricorde ne sont pas mutuellement exclusives, mais plutôt complémentaires.
Dieu est juste et exige la justice, mais il est également miséricordieux et pardonne à ceux qui se repentent.
Gardons à l’esprit que la justice sans miséricorde produit la tyrannie: La justice sans miséricorde est une justice froide et impitoyable, qui ne prend pas en compte la faiblesse et la fragilité de l'homme. Elle produit une atmosphère de peur et de crainte, où les gens sont jugés et condamnés sans espoir de pardon.
Gardons à l’esprit que la miséricorde sans justice produit la licence: La miséricorde sans justice est une miséricorde qui ne prend pas en compte la sainteté et la justice de Dieu. Elle produit une atmosphère de laxisme et de tolérance, où les gens sont encouragés à pécher sans crainte de conséquences.
L'équilibre biblique c’est la justice et la miséricorde: elles sont équilibrées dans la croix de Christ (Romains 3:25-26, 2 Corinthiens 5:21). La croix de Christ est l'équilibre parfait entre la justice et la miséricorde. Christ a pris sur lui le jugement pour nos péchés, manifestant ainsi la justice de Dieu, tout en offrant le pardon et la réconciliation, manifestant ainsi la miséricorde de Dieu.
Jean CALVIN écrivait que "La justice de Dieu est la racine, la miséricorde est le fruit" et "La miséricorde de Dieu est la couronne de sa justice".
6. Quelle est la réponse divine ?
En Christ, Dieu a pris en charge le jugement et la miséricorde de manière unique et parfaite.
Voici comment :
a. Le jugement pris en charge par Christ.
Christ a porté le jugement pour nos péchés (Esaïe 53:5, 1 Pierre 2:24) : Christ a pris sur lui le jugement que nous méritons pour nos péchés, afin que nous puissions être pardonnés et réconciliés avec Dieu.
Christ a été jugé à notre place (Romains 3:24-26, 2 Corinthiens 5:21) : Christ a été jugé et condamné à notre place, afin que nous puissions être justifiés et avoir la vie éternelle.
b. La miséricorde manifestée par Christ.
Christ a montré la miséricorde de Dieu (Jean 3:16, Romains 5:8) : Christ a montré la miséricorde de Dieu en venant dans le monde pour sauver les pécheurs, plutôt que de les juger.
Christ a offert le pardon et la réconciliation (Matthieu 26:28, Éphésiens 2:13) : Christ a offert le pardon et la réconciliation à ceux qui se repentent et qui croient en lui.
En Christ seul se trouve l'équilibre entre jugement et miséricorde.
En Christ, Dieu a pris en charge le jugement et la miséricorde de manière unique et parfaite, offrant le pardon et la réconciliation.
C’est en regardant à Christ que les chrétiens trouvent la voie de l’amour, de la paix et du rétablissement.
En dehors de lui, tout aboutira au barbarisme.
Mais en lui, l’irréconciliable trouve à se réconcilié; l’impardonnable à être pardonné ; l’inguérissable à être guérit. Il n’y a pas de blessures profondes que Christ ne puisse guérir, d’injustices qu’il n’ait pas portées sur la croix, de rétablissement qui soient impossibles.
Revenons à Christ : source de Justice et débordant de Miséricorde.
Past. Xavier LAVIE