L'adresse est : https://soundcloud.com/jlgaillard/la-grace
On se souvient de la vague de froid sibérien qui déferla sur l’Est de la France dans les premières semaines de janvier 2009. On ne reconnaissait plus ces régions tant la température était inaccoutumée ! Bientôt cependant le blizzard et la neige firent place à une lourde et tiède humidité : la région de Strasbourg ruisselait maintenant de pluie et collait de boue ; le brouillard d’Angleterre nous ensevelissait. J’eus à sortir un soir, à grand péril, tant le brouillard opaque rendait la circulation dangereuse pour les automobilistes. Il fallait longer le Rhin ; traverser un bourg et pénétrer dans le parc de l’hôpital municipal par une allée carrossable, laquelle était surélevée par rapport aux pelouses marécageuses.
Je manquai le virage, glissai sur le tapis herbeux et m’embourbai. Que faire ? Le réservoir d’essence avait pris une telle inclinaison que le carburant n’alimentait plus le moteur. J’essayai de pousser avec mes bras : impossible ! J’allai chercher au bourg un bidon d’essence : le moteur tournait maintenant, mais en vain ; car les roues patinaient et la voiture s’embourbait de plus en plus. Il me fallut alors chercher le garagiste lui-même qui, malgré le brouillard et la nuit, consentit à venir dépanner la voiture avec chaîne, corde et dépanneuse. Ce fut peine perdue ! Après une heure de manœuvres inutiles, l’homme plia sa corde et alla se coucher. Quant à moi, j’en fus à me demander ce qu’il convenait de faire ! Faire quelque chose ? Mais il n’y avait rien à faire ! On dit que la nuit porte conseil. Soit ! Je décidai de rentrer chez moi par mes propres moyens. La voiture fut laissée là et, bientôt, je m’abandonnai au sommeil. On verra bien demain !
À sept heures, le lendemain matin, coup de téléphone ! C’était l’hôpital municipal :
— Allô, allô ! Monsieur le pasteur ?
— Oui.
— Votre voiture est dépannée.
— Mais qui a fait cela ?
— Au petit jour, le camion de la voirie est allé la chercher.
Tout heureux, je partis pour prendre livraison de mon bien et récompenser l’auteur du dépannage. Comme je sortais mon portefeuille :
—Non, dit le chauffeur, laissez cela.
— Mais, combien vous dois-je ?
— Rien du tout, c’est gratuit !
Parabole ! Vivant loin de Dieu, nous connaissons nous aussi la congélation sibérienne de notre vie profonde qui, bientôt, se dissout dans le brouillard le plus terne, la tristesse la plus morne et la boue du péché. Tous nos feux s’éteignent : toutes nos lumières ne suffisent plus à éviter l’accident. Alors, ça y est : nous sommes embourbés dans une situation impossible, totalement immobilisés dans la nuit ! Que faire ? D’abord, nous mettons tout en œuvre pour nous sortir de là selon nos propres forces : nous poussons au maximum toutes les ressources du moteur de notre volonté.
Souvent aussi, nous faisons appel aux possibilités (également humaines) d’autres personnes. Mais hélas, nous faisons l’amère expérience que nous n’avons pas à lutter seulement « contre la chair et le sang », comme dit l’apôtre Paul, mais bien contre des puissances surhumaines qui agissent obscurément en nous et nous enchaînent. Que faire alors ?
Nous remettre nous-mêmes, après avoir abandonné la lutte, dans les bras de Dieu en confessant notre misère. Alors, nous voyons intervenir la plus grande puissance qui soit ; elle agit à notre insu et nous dépanne gratuitement, oui, gratuitement. Nous voyons aussi le souffle de Dieu chasser toutes les brumes et nous n’avons plus qu’à prendre livraison du pardon et de la délivrance, ce qui nous permet de marcher librement dans le soleil matinal de la bonté de Dieu. Mais qu’est-ce que la grâce ?
C’est le coup de téléphone qui te réveille un matin dans ton ennui et t’annonce un dépannage efficace et gratuit. Tu n’as plus, dès lors, qu’à prendre livraison du miracle ; Jésus-Christ t’a délivré. Seulement, n’attends pas de voir pour croire. Je n’étais pas là pour examiner comment les choses se sont passées dans le parc de l’hôpital au moment où l’on a retiré ma voiture du bourbier ; il a fallu que je tienne pour vrai le message téléphonique et que je me mette en route ; alors seulement, j’ai constaté la délivrance. Toi, de même, reçois le message du Libérateur et pars, dans la louange et dans la foi ; tu verras qu’IL dit vrai.
C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu, (Éphésiens 2 : 8).