1) Le mot ministère : servir avant de diriger
Le mot ministère vient du latin ministerium, qui signifie service, fonction subalterne, dérivé de minister : serviteur, assistant. À l’origine, le minister est celui qui est au-dessous, par opposition à magister (le maître).
Dans la Bible, cette logique est centrale.
Dans le Nouveau Testament grec, plusieurs mots traduisent l’idée de ministère :
• διάκονος (diakonos) : serviteur, celui qui sert à table (d’où diacre).
• διακονία (diakonia) : service, ministère.
• ὑπηρέτης (hypēretēs) : subalterne, rameur du bas du bateau, exécutant.
Jésus renverse toute hiérarchie de pouvoir :
« Le plus grand parmi vous sera votre serviteur (diakonos). » (Matthieu 23:11)
Le ministère biblique n’est donc pas une position de domination, mais une charge de service confiée par Dieu. Paul dira :
« Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes ; c’est Jésus-Christ le Seigneur, et nous comme vos serviteurs à cause de Jésus. » (2 Corinthiens 4:5)
➡️ Le ministère est fonctionnel, temporaire, dépendant de Dieu, et orienté vers les autres.
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2) Le mot magistère : enseigner avec autorité
Le mot magistère vient du latin magister, qui signifie maître, chef, celui qui commande, issu de magis : plus, davantage.
Le magister est donc celui qui est “au-dessus”, celui qui détient une autorité normative.
Dans le monde romain, le magister :
• enseigne,
• tranche,
• définit ce qui est vrai et faux.
Dans le christianisme institutionnel (notamment catholique), le magistère désigne l’autorité officielle d’enseignement, chargée d’interpréter l’Écriture et la Tradition.
Or, Jésus met une limite très claire à cette logique :
« Vous n’êtes pas appelés maîtres (didaskaloi), car un seul est votre Maître, le Christ. » (Matthieu 23:8)
Et Jacques avertit :
« Qu’il n’y ait pas parmi vous beaucoup de maîtres, car nous serons jugés plus sévèrement. » (Jacques 3:1)
➡️ Dans la Bible, l’autorité d’enseignement est réelle, mais toujours dérivée, contrôlée, et soumise à Dieu et à l’Écriture.
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3) Opposition biblique fondamentale : minister vs magister
Étymologiquement et bibliquement, les deux mots s’opposent :
Ministère Magistère
Service Autorité
En dessous Au-dessus
Fonction Position
Dépendance Centralisation
Don spirituel Pouvoir institutionnel
Le Nouveau Testament privilégie clairement la logique du ministère.
Les dons (Éphésiens 4) sont donnés pour :
« le perfectionnement des saints, en vue de l’œuvre du ministère (diakonia). »
Jamais pour établir une caste doctrinale infaillible.
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4) Le danger biblique : glisser du ministère au magistère
Quand le ministère devient magistère :
• le service devient domination,
• l’enseignement devient intouchable,
• la correction devient impossible,
• l’homme prend la place de la Parole.
C’est exactement ce que Jésus reproche aux chefs religieux :
« Ils lient des fardeaux pesants… et ne veulent pas les remuer du doigt. » (Matthieu 23:4)
Paul, lui, refuse toute sacralisation :
« Examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon. » (1 Thessaloniciens 5:21)
➡️ Toute autorité spirituelle qui refuse l’examen biblique sort du cadre apostolique.
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5) Conclusion biblique
• Le ministère est biblique, humble, spirituel, orienté vers le corps de Christ.
• Le magistère, au sens d’autorité doctrinale centrale et normative, n’est jamais institué par Jésus ni par les apôtres.
Dans l’Écriture :
• Christ est le seul Maître,
• la Parole est la référence ultime,
• les ministères sont des serviteurs, non des propriétaires de la vérité.
« Il faut qu’il croisse, et que je diminue. » (Jean 3:30)