samedi 18 avril 2026

La Foi et ses ombres intérieures… Il y a quelques années, j'ai assisté à une réunion de prière dans une petite église de province. Une femme ( appelons-la Margaret ) a pris la parole pour « soulever un sujet de louange ». Pendant vingt minutes, elle a décrit avec une précision chirurgicale les échecs moraux de sa belle-sœur, ses manquements comme mère, ses absences à l'église, ses choix de vie douteux. Elle a conclu en demandant à l'assemblée de « porter cette âme perdue dans la prière ». Tout le monde a hoché la tête avec gravité. Personne n'a dit ce que je pensais très fort : ce que nous venons d'entendre n'était pas une prière. C'était une accusation habillée en intercession.

Je repense souvent à Margaret. Non pas parce qu'elle était exceptionnelle, mais parce qu'elle était si profondément ordinaire.

👉 Nous avons raison de parler des pasteurs toxiques. La lumière que l'on a enfin braquée sur les abus de pouvoir dans nos communautés était nécessaire, douloureuse, salutaire. Des vies ont été brisées. Des âmes ont été manipulées au nom de Dieu. Il faut nommer cela sans trembler.

Mais il existe une autre toxicité, plus discrète, plus diffuse, et peut-être plus difficile à déraciner précisément parce qu'elle ne porte pas de titre, ne monte pas en chaire, et ne signe pas de chèques. Elle est assise à côté de vous sur les bancs. Elle apporte des gâteaux pour le repas du dimanche. Elle connaît tous les versets par cœur.

Le philosophe Spinoza… que nos cercles évangéliques citent rarement, à tort… a forgé une expression qui m'a arrêté net lorsque je l'ai rencontrée : les passions tristes. Ce sont ces affects qui diminuent notre puissance d'agir, qui nous enferment dans la rumination, le ressentiment, la peur ou la jalousie. Spinoza ne les qualifiait pas de « tristes » parce qu'elles font pleurer, mais parce qu'elles rapetissent l'âme. Elles la contractent. Elles la rendent moins vivante.

Et voici ce qui m'inquiète, après des décennies à observer la vie des communautés chrétiennes : la foi peut devenir le vecteur le plus efficace de ces passions tristes.

👉 Comment cela arrive-t-il ? Progressivement. Presque imperceptiblement.

La peur commence souvent comme une prudence légitime. Puis elle trouve dans la théologie un vocabulaire pour se justifier : le monde est mauvais, la chair est faible, Satan rôde. Ce qui était autrefois une vigilance saine devient une forteresse. On cesse de lire des livres écrits par des non-croyants. On suspend son jugement critique au nom de la soumission à l'autorité spirituelle. On apprend à avoir peur de ses propres questions.

La jalousie revêt les habits de zèle pour la maison de Dieu. Le ressentiment se drape dans la juste indignation. La rancœur devient discernement spirituel. Et la médisance… ce péché que les épîtres de Paul placent dans la même liste que le meurtre et l'immoralité sexuelle… se transforme en partage de préoccupations fraternelles.

Ce camouflage est redoutable. Parce que le langage religieux est précisément ce dont les passions tristes ont besoin pour prospérer sans être reconnues.

👉 J’ai un ami théologien qui aime dire que la grâce est la seule force capable de rompre le cercle fermé du ressentiment. Je crois qu'il a raison. Mais j'ajouterais ceci : encore faut-il vouloir que le cercle soit rompu.

C'est là que réside le vrai problème. Les passions tristes ont ceci de particulier qu'elles procurent une forme perverse de satisfaction. Le ressentiment nous donne le sentiment d'avoir raison. La jalousie confirme notre valeur bafouée. La peur nous protège de la vulnérabilité. Elles coûtent cher… elles coûtent la joie, la liberté, la capacité d'aimer… mais elles offrent en échange une identité, un ennemi, et une cohérence narrative.

Et la foi, mal orientée, peut consolider tout cela avec le ciment de l'éternité.

👉 L’apôtre Paul écrit aux Philippiens depuis une prison romaine ces mots extraordinaires : « Tout ce qui est vrai, tout ce qui est honnête, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite d'être approuvé... pensez à ces choses. » Ce n'est pas une injonction à la naïveté. Paul connaissait la trahison, l'injustice, la douleur physique. Mais il avait compris quelque chose que Spinoza formulera seize siècles plus tard dans un autre vocabulaire : la direction de nos pensées façonne la puissance de notre âme.

Les passions tristes ne sont pas des péchés ordinaires que l'on confesse et dont on est quitte. Elles sont des habitudes de l'âme, des ornières creusées par des années de rumination, et elles exigent quelque chose de plus long et de plus patient que la repentance d'un soir.

Elles exigent une conversion du regard.

👉 Margaret prie encore, j'imagine. Peut-être qu'un jour, quelqu'un… avec douceur, avec courage… lui posera la question que personne n'a osé poser ce soir-là : Pour qui pries-tu vraiment, en ce moment ?

Ce n'est pas une question cruelle. C'est peut-être la question la plus miséricordieuse qui soit.

Parce que la grâce ne commence pas là où nous sommes confortables. Elle commence là où nous acceptons d'être vus.

« Examine-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ! Éprouve-moi, et connais mes pensées ! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie éternelle ! » Psaume 139, 23-24

JÉSUS, LA LUMIÈRE DU MONDE 👑✝️☀️ Jean 3 ( 16 - 21)  Car DIEU a tant aimé le monde qu'Il a donné son fils unique, afin que quiconque cro...