Partageant avec Luther le souci de toucher plus largement la population, Calvin entreprend de traduire en français sa production théologique latine, son Institutio Christianae Religionis parue en 1536, revue et augmentée en 1539, qui deviendra en 1541 la première édition de l'Institution de la religion chrétienne. C'est la première fois qu'un ouvrage de ce type est rédigé en français et Calvin doit pour cela innover de plusieurs manières : il doit notamment simplifier les longues phrases que permet de faire le latin et construire des phrases plus courtes, ordonnées de manière logique et progressive. Il fait également appel aux antithèses, a recours à des expressions imagées et donne un rythme caractéristique à ses phrases. Il est également amené à développer le vocabulaire français, remplaçant les mots savants, dérivés du latin, par des mots tirés de la langue populaire, plus intelligibles, quitte à les créer : alacrité est remplacé par allégresse; exercitation par exercice, sécurité par sûreté, testification par témoignage; incrédible par incroyable, loquacité par babil, contumélie par moquerie, cogitation par pensée, sapience par sagesse, etc.
Plusieurs spécialistes, notamment Gustave Lanson (1857-1934) et Ferdinand Brunetière (1849-1906), ont souligné que le style de Calvin, caractérisé par la simplicité de sa syntaxe, la clarté de son exposition, la vigueur de ses expressions son rythme et son souffle a profondément influencé la prose française des siècles suivants. « En 1541, l’Institution est, par sa date, le premier de nos livres que l’on puisse appeler classique. Elle l’est également par la sévérité de la composition (...) par la gravité soutenue d’un style (...) Elle l’est enfin pour cette ’libéralité’ si je puis dire, toute nouvelle alors, avec laquelle Calvin y a mis à notre portée les matières qui ne s’agitaient jusqu’alors que dans les écoles de théologiens. Elle ne l’est pas moins pour le retentissement que la prose française en a reçu dans le monde.