dimanche 12 juillet 2026

L’HISTORICITÉ DE JÉSUS ET LA THÉORIE MYTHISTE
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Première partie de l'étude (1/2) 
Cet article sur l’historicité de Jésus s’est inspiré du livre de Bruno Bioul, agrégé d’histoire, archéologue et chargé d’enseignement à l’université de Bourgogne. En Février et Mars 2025, Bruno Bioul a aussi donné plusieurs conférences à l’Université de Dijon sur la théorie mythiste qui soutient l’inexistence de Jésus. L’article a également profité de l’article de Yann Opsitch sur « Preuves du Jésus historique ».

QU’EST-CE QUE LA THÉORIE MYTHISTE ?
L’ORIGINE DU MYTHISME – Dans l’antiquité et l’époque médiévale nous n’avons aucune trace critique ni de la négation de l’existence historique de Jésus. La thèse mythiste apparaît pendant la Révolution Française, avec Constantin-François Volney (1757-1820), et Charles-François Dupuis (1742-1809). Ce fut deux révolutionnaires qui luttèrent contre l’institution catholique qui était vue comme une puissance oppressive et obscurantiste.

Cette thèse a été plus tard reprise et diffusée dans les milieux Anglo-Saxons par J.M. Robertson (1856-1933), mais ce fut en Allemagne protestante que la thèse mythiste a pris un véritable essor par une école appelée Tübingen s’étant inspirée de la philosophie « idéaliste » de Hegel (1770-1831). C’est dans l’ouvrage de David Friedrich Strauss (1808-1874) : « La vie de Jésus examinée d’un point de vue critique », que les textes donnent trop de miracles qui ne peuvent être saisis par la raison, ces éléments inexplicables sont des mythes relatés dans les Évangiles qui font apparaître un Juif dénommé Jésus qui prétend être le Christ.

D’après le système de penser idéaliste de D.F. Strauss, disciple de Hegel, le surnaturel est inexplicable par la raison donc il n’existe pas, et il est complété par le recours aux mythes afin d’expliquer de façon rationnelle les passages qui ont traits aux miracles de Jésus. C’est pourquoi, du point de vue historique, les récits évangéliques doivent être considérés comme des mythes.

Ce concept Hégélien nous amène à constater que la thèse mythiste a son origine dans la doctrine idéaliste. Or, qu’est-ce que l’idéalisme ? : Il désigne de façon générale la tendance philosophique ramenant toute existence à la pensée qui selon François-Joseph Thonnard (1896-1974) a dit : « Nous ne connaissons que nos pensées, il n’y a de réel que nos pensées». Cette philosophie idéaliste a commencé à prendre forme dans la philosophie de René Descartes avec son : « Je pense donc je suis. » (1596-1650).

Bruno Bioul dont ses recherches très pertinentes sont en faveur de l’historicité de Jésus, il s’exprime au sujet de cet idéalisme de Descartes, qui est passé par Kant, Hegel, Marx et Lénine et qui a transformé la réalité objective en réalité subjective devant ainsi une maladie : « L’idéalisme substitue l’intelligence utopique à l’intelligence réelle, il proclame la primauté de l’intelligence sur la réalité ».

En effet, l’intelligence humaine s’imagine être le réel, elle ne contemple plus la réalité, mais ses propres constructions, certes intellectuelles et rationnelles mais imaginaires. L’intelligence noyée dans l’idéalisme est malade, car elle est tournée vers elle-même au point de faire tourner la tête d’Engels et Karl Marx : « L’idée n’est que le monde matériel transporté et traduit dans le cerveau humain. » Il fera naître la fameuse doctrine du matérialisme dialectique. Ainsi, en ne se soumettant plus à la réalité, la philosophie de l’idéalisme a instauré le règne de la subjectivité.

LE MYTHISME AUJOURD’HUI – De nos jours, cette thèse est essentiellement défendue par des militants athées ; il existe aussi quelques personnes titulaires d’un doctorat qui soutiennent cette thèse mythistes. Parmi eux, il y a Richard Cevantis Carrier (1969), un historien américain et Robert Price (1954) professeur de théologie.

Cette position mythiste est surtout soutenue par Michel Onfray, médiatique philosophe français en évoquant dans son livre la Théorie de Jésus, nous offrant comme nous l’entendons souvent : « l’auteur prend ses désirs pour des réalités. » Si un grand nombre de nos contemporains reconnaissent volontiers Michel Onfray porteur d’une grande culture philosophique et politique, il ne maîtrise pas l’histoire antique et l’archéologie.

Dans son livre la théorie de Jésus, il ose dire : « Les prétendus historiens qui affirment que la thèse mythiste n’est pas sérieuse ne sont pas sérieux. » (Page 31). Donc, selon lui, si nous nous opposons au mythisme qu’il défend, c’est que nous ne sommes pas sérieux, nous ne sommes pas de « vrais historiens », car les vrais historiens ou exégètes arrivent à la même conclusion que moi.

Hélas pour le philosophe mythiste de la modernité et du subjectivisme, car Michel Onfray se heurte à la réalité suivante : Depuis environ quarante ans, la plupart des historiens admettent l’existence de Jésus qu’ils soient croyants ou athées. Ainsi le philosophe se place en décalage par rapport à tous les travaux académiques publiés sur l’historicité de Jésus.

Maintenant, si nous entrons dans une logique du discours apologétique qui consiste à défendre sa thèse : Sur ce point, le philosophe Michel Onfray exprime dans son livre une déclaration latine connue par les juristes : onus probandi incumbit actori, ce qui signifie : « la charge de la preuve d’un fait incombe à celui qui l’allègue. » En d’autres termes, c’est celui qui affirme l’existence d’une chose d’en apporter la preuve ... Étant donné que c’est Michel Onfray qui prétend que Jésus n’a pas existé, c’est donc à lui de démontrer le bien-fondé de son affirmation.

Les principales raisons de cette position mythiste qui rejette l’existence de Jésus seraient l’absence de sources textuelles non chrétiennes du premier siècle. Pourtant il existe plusieurs auteurs de l’antiquité qui ont parlé des chrétiens rendant ainsi témoignage de l’existence de Jésus. En fait, des documents non-chrétiens existent et donnent la preuve de l’historicité de Jésus.

SUETONE (69-125) – Il écrivit des livres historiques notamment « Vies des 12 Césars » et était chargé des archives au palais du temps de l’empereur Hadrien. Ses écrits ne donnent pas une preuve de l’historicité de Jésus, mais lorsqu’il parle de Néron, il fait part de personnes qui étaient des disciples de Christ et il dit : « Il livra aux supplices les chrétiens, race adonnée à une superstition nouvelle et coupable », (Vie de Néron, XVI.3).

TACITE (55-118) – Reconnu comme un éminent historien dans la Rome impériale, il a décrit l’incendie de Rome en 64 après J.C. expliquant que les chrétiens avaient été accusés par Néron d’avoir incendier la ville. Il écrivit que : « Le nom de chrétien leur vient du nom de Christ, qui fut condamné sous le règne de Tibère par le procurateur Ponce Pilate. », (Tacite, les Annales, 15.44).

PLINE LE JEUNE (61-114) – Cet écrivain était gouverneur de la Bithynie située au nord-ouest de la Turquie. Dans une lettre adressée à l’empereur Trajan. Voici un court extrait de sa lettre qui demande conseil sur la manière de traiter les chrétiens :

« Ceux qui niaient être chrétiens ou l’avoir été, s’ils invoquaient des dieux selon la formule que je leur dictais et sacrifiaient par l’encens et le vin devant ton image que j’avais fait apporter à cette intention avec les statues des divinités, si en outre ils blasphémaient le Christ – toutes choses qu’il est, dit-on, impossible d’obtenir de ceux qui sont vraiment chrétiens, j’ai pensé qu’il fallait les relâcher ... », (Lettres et Panégyrique de Trajan X, 96, 5-7).

Ce texte ne nous donne aucune affirmation de l’historicité de Jésus, mais il la confirme en montrant qu’au deuxième siècle, il y avait des hommes et des femmes qui croyaient à son existence à travers les persécutions romaines.

LUCIEN DE SAMOSATE (125-192) – Il était un écrivain d’origine grecque, il parle de Christ : « Celui qui est honoré en Palestine, où il fut mis sur une croix pour avoir introduit ce nouveau culte parmi les hommes. [...] Dès qu’ils ont une fois changé de culte, ils renoncent aux dieux des Grecs, et adorent le sophiste crucifié dont ils suivent les lois. », (Mort de Pérégrinus, paragraphe 11-13).

CELSE (IIème siècle après J.C.) – Un philosophe platonicien, il était romain, mais il écrivait en grec ancien et a écrit : « Discours véritable » (vers 178). L’ouvrage est une virulente attaque contre le christianisme par le raisonnement et le ridicule. Il avait écrit : « Vous nous donnez pour Dieu un personnage qui termina par une mort misérable, une vie infâme. » Mais ses ouvrages sont connus seulement par la réfutation d’Origène dans son livre intitulé « Contre Celse » (7, 53).

REMISE EN CAUSE DU LIVRE : « THÉORIE DE JÉSUS » de Michel Onfray partisan du mythisme. Le livre de Michel Onfray s’est construit selon les principes mythistes qui refuse les preuves existantes de l’historicité de Jésus. À la page 32 de son livre, il dit : « Il n’existe aucune preuve de l’existence historique de Jésus alors qu’à l’inverse, il en existe pléthore (une abondance) de sa réalité mythique, mythologique. »

L’ouvrage Théorie de Jésus de Michel Onfray comporte quatre parties : 1. Heurs et malheurs d’une famille redécomposée. 2. Vivre un ministère merveilleux. 3. Forger le judéo-christianisme. 4. Mourir sans Dieu. Le fil conducteur de son livre est l’utilisation du comparatisme et de l’intertextualité pour décrire la rédaction des textes du Nouveau Testament.

Néanmoins, il ne sera pas nécessaire de passer en revue de manière détaillée tous les arguments du philosophe mythiste, car il suffira d’en présenter seulement un ou deux pour se rendre compte de son approche dépourvue d’objectivité. Michel Onfray a dit qu’aucun historien du 1er siècle de notre ère n’en parle. Est-ce la vérité ?

Mais voyons d’abord la signification du comparatisme et de l’intextualité dont sont attachés les opposants à l’existence de Jésus et de la fiabilité des écrits du Nouveau Testament.

QU’EST-CE QUE LE COMPARATISME ? – La méthode du comparatisme consiste à comparer les phénomènes à étudier. Max Müller (1823-1900) a essayé de déterminer ensemble l’origine des religions et des cultures différentes. Il a élaboré une méthode pour comparer les différentes religions indo-européennes, il chercha à faire des parallèles et des parentés étymologiques.

QU’EST-CE QUE L’INTERTEXTUALITÉ ? – Il s’agit de mettre en lumière, dans un texte donné, l’utilisation d’informations, de situations, de personnes, d’idées, de concepts présents dans un ou plusieurs textes passés. Le premier texte (le plus ancien) provoque la rédaction du second (le plus récent), qui ne peut se comprendre sans faire référence au premier.

Le Nouveau Testament ne se compare pas à l’Ancien Testament puisque les deux ouvrages sont complémentaires et trouvent leur cohérence non pas en suivant une méthode comparative de leurs textes respectifs, mais en acceptant la révélation progressive de Dieu, puisque les deux Testaments ont été inspirés par Dieu.

Au sujet de l’intertextualité, chaque fois qu’un texte de l’Ancien Testament apparaît dans le Nouveau, c’est pour confirmer la fidélité de Dieu dans la réalisation de son dessein notamment avec l’accomplissement des prophéties.

« Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la Justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne oeuvre. », 2 Timothée 3.16-17

« Approchez-vous de Lui, Pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. [...] Car il est dit dans l’Écriture : Voici, Je mets en Sion une Pierre angulaire, choisie, précieuse, et celui qui croit en elle ne sera point confus. », 1 Pierre 2.4-6 cf. Ésaïe 28.16

Prochainement deuxième partie de l’article : Historicité de Jésus et théorie mythiste

Serge Rossi
Évangéliste et prédicateur
Groupe privé : MARCHONS PAR LA FOI

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